En septembre dernier, la Commission européenne a décidé d’apporter son soutien au projet de taxe sur les transactions financières (TTF). Mais c’est le couple Sarkozy-Merkel qui, au début de l’été, est monté au créneau pour ressusciter la «vieille» proposition du prix Nobel James Tobin – datant de 1972 et défendue depuis 1995 par Ignacio Ramonet, ancien directeur du Monde Diplomatique et fondateur d’ATTAC (Association pour une Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne). Le tandem franco-allemand espère ainsi non seulement redorer son blason en «moralisant le capitalisme», mais surtout retirer une manne fiscale d’environ EUR 55 mias par an au niveau européen (selon les prévisions de la Commission) – une manne dont les Etats auraient bien besoin en ces temps de crise. Dans les grandes lignes, ce texte imposerait une taxe de 0.1% sur chaque transaction sur les marchés des actions et des obligations et de 0.01% sur les dérivés – soit une taxe plus basse, mais calculée sur la valeur nominale (ou notionnelle) du contrat, par définition plus élevée que celle du dérivé lui-même. En revanche, les transactions sur le marché des devises seraient exemptes de TTF. Un point qui ne manque pas de faire grincer des dents les anti-libéraux, étant donné que ce secteur pèse pour près de la moitié des échanges mondiaux (soit un volume quotidien estimé à USD 4’000 mias). Si le duo Merkozy rêvait d’une taxe appliquée au monde entier, il va probablement devoir attendre. A l’intérieur même de l’UE, les tensions sont palpables: le Royaume-Uni et sa City ne veulent pas d’une TTF européenne (qui ferait, selon eux, fuir les marchés vers des cieux plus cléments) et ne se déclarent prêts à examiner le projet que si la taxe est appliquée au niveau du G20. Or, justement, les Etats-Unis et le Canada s’y sont jusqu’ici fermement opposés, tandis que les BRICS se sont montrés plutôt divisés sur la question lors du dernier sommet de Paris en octobre (Brésil et Afrique du Sud étant plutôt pour, Chine, Inde et Russie, clairement contre). La Grèce ayant bouleversé l’ordre du jour du G20 à Cannes, la taxe devra se contenter d’une mention laconique dans le communiqué final, reconnaissant les «initiatives prises dans certains de nos pays pour taxer le secteur financier à des fins diverses, dont une taxe sur les transactions financières entre autres pour soutenir le développement». Une timide avancée sur le plan international, qui se poursuivra peut-être au Sommet du Mexique en juin 2012. D’ici là, Nicolas Sarkozy promet de s’engager et de pousser la zone euro à donner l’exemple en faisant appliquer la taxe avant la fin de l’année prochaine. Cela permettrait d’éviter qu’un veto britannique ne bloque l’unanimité requise au sein de l’Union européenne à 27… tout en prenant le risque de payer un aller simple vers la City aux traders continentaux. A moins que, contre toute attente, la TTF ne reçoive un soutien du… pays d’origine de James Tobin: début novembre, un nouveau projet de loi a été déposé par deux congressistes démocrates pour introduire une TTF aux Etats-Unis. Etant donné les événements extraordinaires survenus ces dernières années, peut-être la finance devrait-elle se préparer à envisager l’inenvisageable…
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