vendredi 30 juillet 2010
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Contexte — Cadre légal  18/09/2008
Halte aux fonds souverains!
L’Allemagne devient protectionniste. Son gouvernement a pris des mesures pour préserver les entreprises des acquisitions étrangères. Premiers visés: les fonds souverains.
 
Hélène Lelièvre, Journaliste, BANCO

Des grands méchants loups. Est-ce ainsi que le gouvernement allemand considère les fonds souverains? Un projet de loi, adopté le 20 août 2008, les vise particulièrement, sans les nommer. Dès le 1er janvier 2009, les investissements extra-européens seront soumis à un examen préalable du gouvernement pour s’assurer que les intérêts de leurs détenteurs ne sont pas contraires à “l’ordre public et la sécurité de la République”, et ce, dès lors qu’ils prendront une participation d’au moins 25% du capital d’une entreprise. Cette décision concerne tous les secteurs d'activité confondus (jusqu’ici, seuls l’armement et le cryptage étaient concernés). Le gouvernement disposera d’un délai de quatre semaines pour autoriser ou interdire ces prises de participations étrangères. Si l’investissement n’est pas annoncé sur les marchés boursiers*, il aura même trois mois pour demander une annulation de l’accord – une mesure qui devrait inciter les investisseurs étrangers à se faire connaître.

Avec cette loi, l’Allemagne passe dans le camp des pays protectionnistes. Pour le moins suprenant, sachant qu’elle occupe la 5e place des pays qui attirent le plus de capitaux étrangers, avec EUR 439 mias d’investissements directs étrangers en 2007. Pourtant, depuis quelques temps, le gouvernement se méfie de certains investissements dans son pays: fin 2006, il avait déjà remué ciel et terre pour empêcher le russe Sistema d’entrer dans le capital de Deutsche Telecom. Même levée de boucliers lorsque le fonds souverain China Investment Corp. projetait de racheter la Dresdner Bank au groupe Allianz en mars 2008 ou lorsque les chemins de fer russes souhaitaient prendre part au capital de la Deutsche Bahn en juin 2008 .

Les banques allemandes ne devraient donc pas tomber en mains singapouriennes, saoudiennes ou russes! Mais qui viendra alors les sauver, lorsque plus aucun investisseur européen ne voudra – ou ne pourra – les renflouer? A une époque où les grands établissements bancaires cherchent à se recapitaliser les uns après les autres, le gouvernement allemand prend le risque de s’aliéner les quelques rares investisseurs internationaux aux poches pleines, dont certains ont déjà permis de sauver quelques grands établissements bancaires (lire “Les fonds souverains – Prédateurs ou sauveurs?”). En outre, à peine quatre mois plus tôt (en mai 2008), le Ministre des finances allemand Peer Steinbrück, en visite dans les pays du Golfe, martelait encore haut et fort que son pays avait tout intérêt à laisser entrer les fonds souverains: “Personne ne veut barrer la route aux investisseurs étrangers. Nous serions fous d'agir de la sorte.”

Alors… le gouvernement allemand serait-il devenu fou? Ou est-il vraiment à ce point sûr de lui – et de la santé de ses entreprises? Si jamais la crise financière l’obligeait à se raviser,  souhaitons-lui que les fonds souverains ne lui en tiennent pas rigueur.

* En Allemagne, seuls les investissement dans certains secteurs stratégiques doivent être annoncés aux autorités. Le gouvernement espère ainsi inciter les investisseurs à se déclarer dans tous les secteurs.

 
 
 
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